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31.10.2008

Insupportable mon mobile ?

 

insupportable_pt-ad25d.jpgLe CRDP de l’académie de Versailles, en partenariat avec l’académie de Versailles et le CLEMI académique, proposent une plaquette de conseils à destination des élèves concernant l’usage des téléphones mobiles. Ce petit livret de 4 pages, téléchargeable ici et diffusable librement , ou à partir du site du CLEMI, sera distribué via le réseau du CRDP, dans les différents établissements de l’académie.

La très grande majorité des adolescents possèdent et utilisent un téléphone portable. Outil de plaisir, de socialisation, d’échange, il n’en pas moins parfois une gêne pour soi et pour les autres.

À l’image et sur le ton de Blog-notes, Insupportable mon mobile ? alerte les jeunes sur certaines pratiques qui peuvent déconcerter la communauté éducative.

28 novembre 2006 , par Marc Février

30.10.2008

Apprendre à se repérer pour…

bird3.GIFLe problème que nous pose les T.I.C.E. (Technologies de l’information et de la Communication pour l’éducation) semble pratiquement insoluble. Ou bien nous choisissons d'ignorer les T.I.C.E. soit  en feignant l'indifférence soit en défendant la cause technophobique. Ou bien nous sommes résolument technophiles et nous choisissons de les utiliser. Mais sans prendre le temps de les penser nous courrons cette fois le risque de renier les principes auxquels nous croyons. Alors, conversion de soi au monde tel qu'il est aujourd'hui ou conservation en soi de nos principes au nom de l'universel de la raison ? Peut-on transmettre les connaissances qui constituent notre civilisation sans communiquer la manière toute particulière que nous avons de les habiter, de les vivre, de les ressentir au plus profond de notre être ? Si l'instruction est une science, l'éducation est un art. Mais une instruction sans éducation est inaccessible, inutile et vécue comme absurde ? Une éducation a-scientifique est archaïque, infantilisante, irresponsable voire criminelle ? Une éducation-instruite, une instruction-éduquée est donc ce que recherche l'honnête homme quelque soit son temps lorsqu'il s'inscrit dans la tradition rationaliste. Le moyen pour y parvenir consiste dans l'éveil en l'homme de l'esprit au libre usage de la raison critique et autocritique qui s'exerce sur des savoirs communs qui lui résistent (matières/disciplines/programmes) et qui s'éprouve en s'appliquant (formation) dans la vie. L'évolution des technologies d'information et de communication, notamment l'entrée dans l'ère du numérique et des réseaux (Internet[1]) induit des modifications profondes dans les possibilités d'accès au savoir et de diffusion du savoir, comme dans les processus d'apprentissage et d'enseignement. Le rôle de l'enseignant, que ce soit dans le premier comme dans le second degré et le supérieur, s'en trouve ainsi progressivement transformé : l'utilisation des technologies favorise le travail interactif, le travail sur projet, le travail en équipe ; elle modifie la relation aux élèves et à la classe ; au-delà de la transmission des connaissances, c'est en effet la fonction de guide, de médiation et de référence dans la construction des apprentissages de l'élève qui se voit renforcée.



[1] Le rapport montre, en s'appuyant sur de nombreux exemples, que deux ans après le lancement du Programme d'action gouvernemental sur la société de l'information (PAGSI, janvier 1998) l'administration a atteint un niveau comparable à ses homologues étrangers ou aux grandes entreprises privées en matière d'équipements informatiques, de réseaux internes et d'accès à l'Internet. (Rapport de M. Lasserre et les conclusions des ateliers du 6 mars 2000 ; Cf. http://www.admifrance.gouv.fr/lasserre

29.10.2008

Un apprentissage nécessaire

Ordinateur.JPGL’univers du multimédia induit une forme polyphonique et fractalisée du rapport au savoir, qui fait appel à tous les types de documents électroniques : textes de toute nature, images fixes et animées, sons et créations audiovisuelles. Dans cette mesure les éléments de la connaissance et des savoirs progressivement constitués s’assemblent en une configuration dynamique, en restructuration continue, mais aussi, par voie de conséquence, provisoirement incertaine, car les certitudes liées à l’ancienne forme du savoir synthétique déposé dans les livres scolaires et universitaires sont désormais assez vite dépassées par la mouvance fragmentaire de l’information. Mais il ne suffit pas de cibler sa recherche, encore faut-il effectuer ensuite un choix judicieux parmi les adresses proposées. L’information ne saurait en effet être confondue avec la connaissance. L’information, et surtout le libre accès à l’information n’est pas connaissance. Quant à la démocratisation du savoir, elle ne saurait donner lieu à une véritable connaissance en dehors des principes organisateurs qu’elle implique nécessairement. Autrement dit, les problèmes sont transversaux, voire transnationaux et/ou mondiaux. Ce dont nous avons besoin avant tout c’est de relier les informations entre elles, de les contextualiser. Par-dessus tout, nous avons besoin d’un apprentissage du jugement, c'est-à-dire qualité transdisciplinaire par excellence. Ce savoir-faire ne s’acquiert sans doute pas seul, sans le recours d’un guide, voire d’un maître !

28.10.2008

Les chartes d’usage, aide-mémoire

arton246-9680a.jpgLe déploiement des réseaux et les connexions à l’Internet obligent tous les usagers dans les écoles, collèges et lycées à réfléchir sur leurs pratiques. Bâtir ensemble une charte d’usage des Tice, qui ne peut se résumer à une liste d’interdictions et d’obligations, est nécessaire et obligatoire.

Quels enjeux pour l’école ? « Les chartes d’usage, aide-mémoire » fait des propositions de mise en œuvre et de construction collective.

Ce document est librement téléchargeable et diffusable (format A4 plié, prévu pour une impression recto-verso)

20 avril 2007 , par Marc Février

 

 

27.10.2008

Un problème de culture

Ordinateur.JPGComme le rappelle Jacques Derrida en 1990 lors d’un débat sur l’avenir de l’identité européenne : « Culture, civilisation, écrivait Valéry en 1939 dans La Liberté de l’esprit, « ce sont des noms assez vagues que l’on peut s’amuser à différencier, à opposer ou à conjuguer. Je ne m’y attarderai pas. Pour moi, il s’agit d’un capital qui se forme (…). Il est d’abord constitué par des choses, des objets matériels – livres, tableaux, instruments, etc., qui ont leur durée probable, leur fragilité, leur précarité de choses. Mais ce matériel ne suffit pas. Pas plus qu’un lingot d’or, un hectare de bonne terre ou une machine ne sont des capitaux, en l’absence d’hommes qui en ont besoin et qui savent s’en servir. Notez ces deux conditions. Pour que le matériel de la culture soit un capital, il exige, lui aussi, l’existence d’hommes qui aient besoin de lui, et qui puissent s’en servir – c’est-à-dire des hommes qui aient soif de connaissance et de puissance de transformations intérieures, soif de développements de leur sensibilité ; et qui sachent, d’autre part, acquérir ou exercer ce qu’il faut d’habitudes, de discipline intellectuelle, de conventions et de pratiques pour utiliser l’arsenal de documents et d’instruments que les siècles ont accumulé.” Or, ce qui met ce capital culturel en crise, c’est la raréfaction de ces hommes qui « savaient lire : vertu qui est perdue », ces hommes qui « savaient entendre et même écouter », qui savaient voir, relire, ré-entendre et revoir. » C’est donc bien notre activité même de penser qui se trouve en péril. Non seulement en tant qu’étymologiquement ce terme remonte au latin « pensare » - lui-même renvoyant à « pendere » signifiant « peser » -, « penser » consiste bien à peser le pour et le contre, d’où un rapport privilégié avec la raison ; mais aussi dans la mesure où « penser », c’est toujours aussi être pris par avance par des pas sur les traces desquels on va marcher pour accéder à la chose[1]. Or, il semble que « l’humanité s’installe dans la monoculture; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat ».

fleche_052.gifCes propos de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, qui datent des années 1980, illustrent bien un sentiment qui a progressivement imprégné les réflexions sur l’avenir culturel de la planète. Cette tendance centripète à l’uniformisation culturelle sous la poussée des universaux symboliques, de la consommation de masse et des réseaux techniques de l’information en temps réel. Certes, l’unification culturelle du monde ne date pas d’aujourd’hui, mais il n’en faut pas moins nous poser la question de savoir si l’Internet ne favorise pas, à sa manière, l’avancée vers la « démocratie virtuelle », avec tout ce qu’elle génèrera nécessairement… de cybercrétinisme.



[1] M. Richir, « Lieu et non-lieux de la philosophie », in Autrement, A quoi pensent les philosophes ? N°102 ; Novembre 1988, p. 21.

26.10.2008

Un problème de langage

fleche_016.gifAinsi, certains voient dans l’Internet un projet porteur d'espérance face à l'argent roi, au pouvoir des firmes et au contrôle social. Mais l’Internet le sera-t-il pour tous ? Et surtout peut-on dire qu’il est l’instrument d’une libre pensée ? Ne risque-t-il pas, au contraire, de générer une pensée unique. On sait en effet qu’à 80 % l’Internet est anglophone. Dans l’univers Internet, toutes les langues ne circulent pas avec la même facilité. Et si effectivement les langues donnent forment à la pensée, il y a alors tout lieu de s’inquiéter. N’est-il pas dangereux d’inviter l’humanité tout entière à penser dans une seule et même langue alors que c’est la nature même du logoV qui se trouve remise en question ? Depuis Platon, chacun sait que l’homme se rapporte au monde selon la parole qu’il profère ou que d’autres hommes lui adressent. N’oublions pas que la parole est la condition sine qua non de la « vision de l’intelligence », « la démarche de la méthode dialectique a ce caractère que, bousculant les hypothèses, elle suit son chemin, par ce moyen, jusqu’au principe lui-même, afin d’y établir d’une façon solide ; et l’œil de l’âme, véritablement enfoui dans je ne sais quel barbare bourbier, elle le tire tout doucement et l’amène en haut, (…) ; dans ce qui précède nous avons défini, je crois, du nom de discussion ce mode de pensée »[1]. C’est donc notre manière d’appréhender le monde dans son ensemble qui se trouve remise en question ici ; et cela dans la mesure où l’homme se rapporte non seulement au sensible, mais aussi à l’intelligible par le langage. En effet, pour le courrier le code américain ascii ne transmet intégralement que l’anglais et par hasard une ou deux autres langues comme le néerlandais. Dès qu’apparaissent accents, cédilles, et autres signes diacritiques, des problèmes se posent. Dès lors, les héritiers de McLuhan, dont N. Thall, ont sans doute raison d’analyser l’impact du réseau sur les groupes sociaux qui l’ont adopté. « En fin de compte, la puissance d’Internet est (…) qu’il permet au monde entier de penser et d’écrire comme des Nord-Américains. Là est le programme d’Internet ». Selon notre auteur, en effet, l’Internet exerce sur ses utilisateurs un pouvoir d’un genre nouveau, incomparable avec l’influence des médias « classiques ». « Internet a été imaginé, créé et développé par et pour les Américains. Pour les internautes du reste du monde, s’adapter signifie changer de culture, presque d’identité. L’Internet semble donc se donner à interpréter comme un fantastique instrument fédérateur, contribuant à l’homogénéisation des modes de vie. Il abolit les frontières. Il répand partout la même culture technologique, le même goût pour l’innovation à marche forcée ». Et notre commentateur de prévoir que les sociétés traditionnelles qui accueillent et adoptent Internet subiront un impact profond et cumulatif. Il prédit d’ailleurs aussi une érosion progressive des identités nationales. Déjà, il décèle des changements chez certains Européens fréquentant assidûment le « Net ». Peu à peu, ils adoptent une forme de communication écrite plus américaine, avec un usage croissant de l’argot et d'expressions vulgaires !

fleche_016.gifA contrario, il s’en trouvera certains pour soutenir que l’Internet loin de constituer une menace pour les langues du monde, peut leur permettre de se donner (ou redonner) une portée mondiale. Ni territoire, ni marché, un espace linguistique dans l’Internet apparaîtrait alors plutôt comme un carrefour où, grâce à une langue partagée, des millions d’individus pourraient communiquer entre eux et s’entraider. Chaque espace linguistique se donnerait alors à voir comme une grande place publique dans l’identité dépendrait autant de types de rapports que ses occupants auraient choisis d’entretenir entre eux que de la langue pour laquelle ils auraient opté.Dans tous les cas, le problème se pose, s’impose, presque à nous de voir dans quelle mesure la langue donne forme à la pensée. Sans doute parce que la majorité des documents et la plupart des forums ou listes de discussions sont rédigés en anglais d’Amérique, l’Internet donne l’apparence d’un instrument exclusivement au service de cette langue. Mais reste encore à savoir quelle langue l’emportera en Europe et dans le monde ? Et avec la langue, lieu suprême où se définit l’identité culturelle nationale, quelle culture va s’imposer ?



[1] Platon, La République, VII, 533 d.

24.10.2008

Les origines de la communication

u14829665.jpgLe verbe communiquer, du latin communicare (mettre en commun, être en relation), est apparu dans la langue française dans la seconde moitié du XIVe siècle ; à l’époque il signifiait « participer à ». Le terme demeure très proche de « communier », tout comme communication était lui aussi voisin de « communion ». A cette époque, l’acte de partager à deux ou plusieurs. Ce n’est que vers la fin du XVIè siècle, que le terme devint aussi synonyme de « transmettre », sens que le mot devait conserver en parallèle avec le précédent jusqu’à ce que dernier prît de plus en plus d’importance aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles. D’un point de vue conceptuel, c’est le système général de communication élaboré par l’élève du cybernéticien Norbert Wiener, l’ingénieur Claude qui après la seconde guerre mondiale, pour la compagnie américaine de téléphone Bell s’imposa comme le modèle théorique de la communication-transmission. Comme on le sait, la célèbre théorie mathématique de Shannon appréhende la communication comme une transmission d’information[1] par le biais d’un canal, entre une source d’information qui produit un message, elle-même couplée à un émetteur qui transforme le message en signaux, et un récepteur qui reconstruit le message à partir des signaux, lui-même couplé au destinataire du message. C’est là le fameux modèle « émetteur-canal-transmetteur », approprié aux objets techniques utilisés pour émettre et recevoir des signaux (téléphone, radio, télévision, ordinateur en réseau, etc.) et aux nouveaux espaces publics ainsi modelés par la technologie. Dans ce contexte, communiquer signifie bien transmettre des informations sur un canal qui va de « A » à « B », avec différents degrés de rétroaction, selon un système envisagé. Il n’est pas question ici d’un quelconque mythe philosophique, mais bien d’une réalité économique et culturelle dont la réussite éclatante a néanmoins tous les aspects d’une crise, au sens que Husserl donnait à ce terme dans sa Crise des sciences européennes et la phénoménologie transcendantale, à savoir celle d’un succès gagné sur l’oubli du sens originaire de l’activité qui connaît une telle réussite. Car il ne va pas évidemment de soi que le développement des moyens de communication, par les autoroutes électroniques ou selon d’autres canaux (satellite, câble, etc.) soient de véritables nouveaux espaces publics, qui rompent l’atomisation des individus et favorisent par exemple, l’action politique plutôt que les activités privées.



[1] L’information étant dans ce modèle une grandeur statistique et non un concept sémantique.

22.10.2008

La communication en question

fleche_016.gifNouvelle utopie ? L’Internet et les technologies de la communication font resurgir l'idéologie euphorique qui a accompagné chacune des grandes avancées technologiques. Nul ne peut l’ignorer ! Quant à la messagerie électronique, elle permet à des utilisateurs éloignés les uns des autres de communiquer ensemble. Mais communiquer ne signifie pas penser ! Quels niveaux de qualité peut atteindre la communication sur les réseaux ? Quelle crédibilité les utilisateurs peuvent accorder aux échanges par l’intermédiaire des réseaux ? En effet, l’écran qu’on utilise aujourd’hui pour gérer, pour informer, pour calculer, va peut-être remettre en cause les formes de la communication telles qu’on les connaissait jusqu’ici. Autrement dit, en quoi l’ordinateur favorise-t-il cette communication ? Dans quelle mesure les pratiques communicationnelles vont-elles pouvoir influencer le développement et l’utilisation des technologies dites de « communication » et inversement ? Avec l’Internet, on peut se demander si on apprend à communiquer, ou bien si on n’apprend pas à communiquer, ou bien encore si on apprend à ne pas communiquer !

20.10.2008

Un autre risque : l’infoguerre

bird3.GIFAu risque de la surinformation répond celui de la désinformation. Ainsi, on parle d’infowar ou guerre de l’information. Une expression qui englobe tout à la fois les stratégies de guerre électronique offensive et défensive, la guerre économique et les techniques de la guerre psychologique comprenant l’art de l’information et de la désinformation (racket). Les services de renseignement du monde entier se sont lancés dans une compétition silencieuse où les mots sont manipulation, désinformation, intrusion. Le « Pearl Harbor électronique » -, telle est l'angoisse qui saisit les Etats-majors en cette fin de siècle. L'implication dans le vaste réseau mondial à la fois des acteurs politiques, économiques et sociaux, des administrations gouvernementales, des structures militaires, des pôles de recherche scientifiques, a rendu possible les scenarii les plus extravagants d'une guerre globale et d'une déstabilisation politique mondiale. Une guerre sans fusil où les États sans technologie ont leur chance. Un cauchemar sans repère connu. La perspective d'un « accident global », comme l'appelle Paul Virilio, le « Pearl Harbor » ou - « Tchernobyl » - électronique, est désormais très sérieusement pris en compte par les autorités politiques, économiques, financières et militaires. Or justement, la désinformation consiste à propager délibérément des informations fausses pour influencer une opinion et affaiblir un adversaire[1].

bird3.GIFC'est ce changement qualitatif capital que sentent bien les citoyens dont la déception à l'égard des médias s'accroît comme le prouvent toutes les enquêtes récentes.

L'objectif est donc tout à fait à notre portée si chacun, mesurant les périls et les dangers qui menacent l'information, consent à faire (ou à refaire) un effort. S'informer fatigue ; cela coûte aussi, mais une information vraie, libre n'a pas de prix. L’analyse méthodique des contenus diversifiés acquis sur l’Internet ne sera jamais plus une analyse des principes transcendants de la pensée et de l’action ; elle tourne le dos aux certitudes dogmatiques qui conduisent à énoncer des vérités soi-disant apodictiques. Elle est, par essence, définitivement problématique, et correspond à l’esprit de la philosophie « expérimentale » adoptant pour principe l’analyse documentaire à partir de la consultation hypertextuelle des données d’information. Consulter un site Web, mais aussi les listes de discussions et les forums spécialisés d’Internet, c’est apprendre à l’élève et à l’étudiant en philosophie que toute argumentation philosophique ne prend sens qu’en étant confrontée aux données informationnelles hétérogènes, le plus souvent parcellaires, dont la pensée doit s’emparer pour les rendre, au moins en partie, cohérentes et porteuses de sens. Mais de quelle nature vont pouvoir être les changements engendrés par les nouveaux outils de communications dans l’accès à l’information et la communication entre les individus ?



[1] P. Soriano, Lire, écrire, parler, penser dans la société de l’information, Descartes et Cie, Paris, 1999, p. 64.

18.10.2008

Information vs savoir

ecrire2.GIFEn effet, au-delà de l’encyclopédisme et du partage du savoir, c’est non pas l’accès au savoir qui est remis en question, mais l’appropriation de ce savoir qui le fait passer de simple information en connaissance réelle et effective. En disant cela, on ne peut pas ne pas penser à Pic de la Mirandole. Il ne représentait pas un esprit accumulant dans son cerveau toutes les connaissances. Ce n’était pas un enregistreur ou une mémoire d’ordinateur. C’était simplement quelqu’un qui avait appris les langues essentielles de son époque : le latin, le Grec, l’hébreu et l’Arabe. Et surtout, il disposait des principes essentiels pour structurer ses connaissances, tels que respecter l’unité et la diversité des choses. La démocratisation du savoir ne saurait donner lieu à une véritable connaissance en dehors des principes organisateurs qu’elle implique nécessairement. De fait, dans le cybermonde comme naguère dans le monde des médias, on a plutôt l’impression que la mauvaise information chasse la bonne, que le banal étouffe le significatif, que la multiplication des communications équivaut à la prolifération des soliloques, bref que plus c’est disponible, plus c’est prévisible et que, plus on peut s’informer, moins on en sait vraiment. Sans compter le poids de la rumeur invérifiable, les risques de manipulation, l’incertitude des sources, l’immense ennui qu’engendre l’insignifiance omniprésente. Le début du nouveau millénaire nous fait doubler un cap du continent Internet, celui du milliard de pages Web disponibles sur le réseau, l’équivalent théorique d’une bibliothèque de plusieurs millions de volumes ; l’estimation est théorique car le moteur de recherche le plus performant des moteurs, celui des Norvégiens de FastSearch, ne répertorie que 200 millions de pages. La carte du continent reste ptoléméenne sur les bords, avec, on le sait, de vastes étendues où sont déversées les haines, les névroses et les immondices de l’humaine condition. Ce doublement n’aurait qu’un intérêt purement anecdotique s’il ne s’accompagnait en même temps d’une inversion radicale de l’axe du transport des données sur le parcours de l’utilisateur. En effet, il ne nous faut pas oublier que si hier, j’allais à la bibliothèque chercher formation, informations, références et bibliographies pour constituer la base partielle de mon savoir et de mes compétences. Aujourd'hui déjà - et demain toujours plus qu’aujourd'hui -, des contenus de même nature viennent chez moi puisque j’y accède de mon ordinateur et suis en mesure de les y fixer[1].

 



[1] M. Deverge, « La nouvelle géographie », in La Recherche, Février 2000, p. 328.

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