07.02.2009
Evelyne Rogue, Le wiki ou l'avenir de l'encyclopédie
L’internet tisse entre tous les êtres humains une cotte hypermédiatique susceptible – à terme de conduire au-delà de lui-même, et de lui donner par suite une portée inédite. Réitération, en somme, de l’exploit effectué par l’écrit, puis par l’imprimerie, mais à une échelle tout autre dont la finalité n’en semble pas moins proche du projet encyclopédique dont on sait que l’origine du terme remonte au 16ème siècle. Apparaît immédiatement l’idée d’une totalisation du savoir, d’une appréhension générale et ordonnée des différents domaines de connaissance ; mais également le caractère irréaliste d’une telle ambition. Autrement dit, l’encyclopédie (egkuklios païdeia) en tant qu’« instruction circulaire, embrassant le cercle entier des connaissances[1] » serait condamnée à n’être qu’un projet, et à le rester par définition. Cependant, puisque ce projet existe réellement, même si l’encyclopédie réalisée n’est encore qu’un espoir, c’est non seulement la question de son sens, mais aussi celle de sa finalité qui se posent. Pourquoi des hommes se sont-ils efforcés de construire ce « grand œuvre » durant des vies entières ? Le wiki serait-il l’avenir de l’encyclopédie ?
Comme l’érudition, l’esprit encyclopédique est souvent devenu une expression péjorative, et l’encyclopédisme, qui a d’abord désigné de façon neutre le système ainsi que les principes des encyclopédistes, est le plus souvent employé pour stigmatiser les programmes trop ambitieux dans le cadre scolaire, ou plus généralement la tendance à l’accumulation passive et désordonnée des connaissances. Il n’en demeure pas moins vrai que l’horizon de l’institution scolaire est celui de l’encyclopédie de tous les savoirs, la définition principielle de l’école étant qu’aucune ignorance n’est utile. Une tête bien faite n’est jamais vide ! Si en fait nul ne peut prétendre maîtriser les savoirs ; en droit, ils sont accessibles à tous. Les limites de l’intelligence, et plus prosaïquement de la vie humaine interdisent évidemment l’accès de chacun à la totalité des savoirs disponibles. En effet, force est de reconnaître que « le savoir de la communauté pensante n'est plus un savoir commun, car il est désormais impossible qu'un seul humain, ou même un groupe, maîtrise toutes les connaissances, toutes les compétences, c'est un savoir collectif par essence, impossible à ramasser dans une seule chair. Cependant, tous les savoirs de l'intellectuel collectif expriment des devenirs singuliers, et ces devenirs composent des mondes[2]. » Certes, depuis Diderot le rêve d’une maîtrise par un seul homme de l’ensemble des connaissances a été définitivement abandonné, non seulement parce que leur abondance submerge l’esprit, mais aussi parce que le rapport au monde a changé à partir de la Renaissance. Longtemps, on a réfléchi l’organisation et l’unité du savoir dans la linéarité du discours. De ce point de vue, il y a une continuité évidente entre les cosmogonies antiques et les sommes médiévales. L’objet du savoir s’appréhendait comme finitude, son mode d’être global était le cosmos dont on pouvait songer à achever de dire son essence. Ce principe de clôture donnait d’emblée un principe d’organisation : l’ordre du savoir décalquant l’ordre du monde. De là, l’uniformité de style des encyclopédies médiévales et le peu d’originalité dans le choix des titres : De natura rerum, De proprietatibus rerum, De Universo, Speculum naturae. Le principe de totalisation repose dans l’additivité pure et simple, mais il va être rendu impossible par le passage d’un monde clos à un univers infini et par la mathématisation de la nature qui exige que l’on suive un ordre des raisons dans l’exposé de sa connaissance.
(...)
Comment se contenter de cette juxtaposition de savoirs et de cette poussière de connaissances ? Certes, le philosophe ne proclamera plus la Vérité et n'énoncera plus le Savoir. Il ne sera plus le Prince de la Science, il ne fera plus l'ultime synthèse. Il tentera cependant, dans l'éclatement des vérités et l'enchevêtrement des sciences, de réaliser une communication des savoirs parcellaires et une articulation des vérités. Travail démocratique, car articuler et relier, c'est mettre fin à la terreur et au pouvoir des discours séparés. Sans rechercher une théorie unitaire, le philosophe et l'épistémologue s'efforceront de trouver une Méthode : Il s'agit d'en-cyclo-péder, c'est-à-dire d'apprendre à articuler les points de vue disjoints du savoir en un cycle actif... L'encyclopédisme ici requis vise à articuler ce qui est fondamentalement disjoint et qui devrait être fondamentalement joint. L'effort portera donc, non pas sur la totalité des connaissances de chaque sphère, mais sur les connaissances cruciales, les points stratégiques, les nœuds de communication, les articulations organisationnelles entre les sphères disjointes[1]. » L'articulation des connaissances brise les secrets et les pouvoirs des sciences séparées. Philosopher prend donc un nouveau sens de nos jours. Le philosophe a fait son deuil de l'Absolu, il tente simplement, hic et nunc, ici et maintenant, à une époque historique donnée, de mettre fin à la terreur des discours et des appropriations privés. Le philosophe brise les secrets et met en évidence les articulations des savoirs. Travail essentiellement démocratique où la voix, qu'on disait muette, de la philosophie se fait de nouveau entendre.
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[2] P. Lévy, L’intelligence collective : Pour une anthropologie du cyberespace, Ed. de la Découverte, 1995.
Conférence sur Wikipédia et projets frères
Julien Fayolle parlera d’abord de la genèse de Wikipédia, de ses objectifs, de son fonctionnement et présentera les premiers stades de son développement.
Il soulignera ensuite les « projets-frères », des projets hébergés par la Wikimedia Foundation et dont le contenu est aussi sous licence libre.
À chaque étape de son développement Wikipédia a rencontré des problèmes d’un genre nouveau, que ce soit au niveau de l’écriture collaborative, de la politique des licences ou de la crédibilité du contenu. Julien Fayolle essaiera de faire un panorama de ces défis actuels et dessinera les prochains chantiers qui peuvent attendre Wikipédia.
Le conférencier : Julien Fayolle est secrétaire de l’association Wikimédia France depuis février 2008. Il contribue à Wikipédia depuis 2003 et est membre de l’association depuis 2005. Il travaille comme enseignant-chercheur en informatique après avoir été pigiste dans le domaine sportif.
L’association Wikimédia France a pour objectif la diffusion de la connaissance libre ainsi que la promotion et le soutien des projets hébergés par Wikimedia Foundation (Wikipédia, Commons, Wikisource, etc).
La conférence se déroulera à l’Espace Loisirs et Multimédia, 105 avenue de La Bourdonnais, 75007 Paris (Métro : École Militaire) le mardi 10 février de 19h15 à 20h45.
Entrée libre, dans la limite des places disponibles. S’inscrire à www.parinux.org
12:40 Publié dans Communication, Développement économique, Education, Information, TIC | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : evelyne rogue, tic, wiki, education numerique, internet, reseau, intelligence collective







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Commentaires
voila , juste pr d_re que quoi qu'on raconte moi j'aime bp lire ton blog! ;)
Ecrit par : wikipedia | 10.03.2009
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